mardi 14 octobre 2014

Le projet Cobayes : un trip à sept dans un 5 à 7

Copyright Carl Rocheleau

Voilà maintenant une semaine que le premier tome de la série « Cobayes » est en librairie. Vous ne saviez pas? Venez voir la bande-annonce. La réception est bonne, les médias enthousiastes et les auteurs comblés.

Question de nourrir le feu, laissez-moi vous donner des détails intéressants concernant l'élaboration du projet.

Premièrement, il est important de comprendre que chaque tome est écrit par un auteur différent, et non par tous les auteurs en même temps. Le travail d'équipe s'est fait à la racine.

Notre aventure a commencé un peu comme celle des cobayes lorsque, le 2 mai 2013, nous avons reçu par courriel le message suivant :

Bonjour à vous !


Si vous recevez ce courriel aujourd'hui, c'est que nous, LES MORTAGNETTES, avons pensé à vous pour un projet... spécial.


Une idée de concept de roman nous trotte dans la tête depuis un moment déjà et nous aimerions faire une sorte de 5@7/brainstorm avec différents auteurs choisis sur le volet. Cette soirée nous permettra de vérifier si le projet peut voir le jour, sous quelle forme et avec qui.


Il s'agirait de romans destinés à un public âgé entre 10 et 18 ans (CE QUI N'EST PLUS LE CAS, cette série s'adresse aux ADULTES) ; nous n'avons pas encore fixé l'âge précis du lectorat cible.


Bref, vous avez été choisi parce que nous connaissons vos qualités d'auteur et que nous souhaitons ardemment travailler avec vous sur ce projet hors de l'ordinaire. Si l'idée présentée lors de ce 5@7 vous stimule, peut-être accepterez-vous de faire partie de l'aventure avec nous et d'autres auteurs.


Vous comprendrez que nous ne pouvons pas vraiment dévoiler plus d'informations par courriel, mais nous espérons que vous répondrez positivement à l'invitation. À noter que votre présence n'implique pas nécessairement un engagement par la suite, mais plus il y a de cerveaux autour de la table, plus le projet a des chances d'être intéressant.

Nous vous proposons la date du lundi 27 mai prochain. Merci de confirmer votre présence !


Sept auteurs se présentent aux bureaux des Éditions de Mortagne le 27 mai 2013 avec pas mal aucune idée de ce qui s'en vient, sinon qu'ils auront droit à un bon souper et à une discussion avec d'autres auteurs. Des tonnes de questions les dévorent (ah ah, dévorent) : Qui sont les autres auteurs? En quoi consiste cet étrange projet? Est-ce qu'il y aura de la pizza ou des sandwiches?

Sur la table de conférence nous attendent des contrats de confidentialité en bonne et due forme. Wow. C'est sérieux. Plus que tout ce que j'ai vu avant.

On mange, on discute, on apprend à se connaître un peu, et vient le temps de s'asseoir. Les éditrices nous parlent de ce qu'elles aimeraient lire (une série chorale), de ce qui devrait être intéressant dans les prochaines années (horreur, suspense, thriller, humour, etc.), puis nous invitent à proposer des idées. 

L'univers entier nous appartient. La seule chose qu'on nous demande, c'est de créer un événement de départ. Un moment, un lieu, une action qui relierait tous les personnages.

Toutes les idées ont été lancées : des prisonniers libérés sur une île représentant une fausse ville où ils commettraient d'affreux crimes, un tueur averti sept personnes qu'il va les assassiner, un homme qui a sept personnalités (dont certaines commettent des crimes), une histoire de bal qui tourne mal, une famille Addams, un cimetière, un dépanneur, des cobayes de tests pharmaceutiques, des clients d'un dépanneur, sept pierres tombales réunies ensemble bien que leurs noms soient complètement différents, sociétés fantômes, complots gouvernementaux, etc. Bref, si vous avez été attentifs, il n'y a rien de très 10-18 ans là-dedans.

La rencontre s'est terminée seulement quand nous avons tous été d'accord : pour des motivations différentes, les personnages de nos livres répondent tous à une annonce pour suivre un traitement pharmaceutique aux effets insoupçonnés. Ils évoluent dans la même ville, donc doivent respecter la même géographie, la même météo, les mêmes événements médiatiques, etc. (Je ferai un billet expressément à ce sujet.)

Dès le lendemain, un groupe secret est créé sur Facebook, la majeure partie des auteurs ont déjà dressé un portrait de leur personnage et 10 personnes ont eu du mal à dormir tant ils étaient excités (les auteurs et les responsables du projet).

Tous ça, c'est bien beau, mais les bureaux de la compagnie, les représentants, les gardiens, le traitement, les autres personnages, à quoi ils ressemblent, quelles sont leurs caractéristiques, comment faire pour qu'ils soient à la fois toujours les mêmes tout en ne paraissant pas « copier-coller » dans chaque livre?

On verra ça dans le prochain billet.

lundi 22 septembre 2014

La série Cobayes, et l'écriture de mon prochain roman

Après un an et demi de rencontres, de planification et d'écriture, j'ai enfin remis mon manuscrit pour le projet secret avec les Éditions de Mortagne. Beaucoup me demande d'être plus clair sur la trame de l'histoire, alors voici :

Huit personnes s'inscrivent comme cobayes à une expérience pharmaceutique qui consiste à recevoir des injections d'un médicament qui devrait traiter différents problèmes, dont diverses dépendances. (Ils ne sont pas tous attirés par l'argent, mais c'est le cas de mon personnage.) Ils réagissent tous avec beaucoup d'intensité aux injections. Dans une métropole semblable à Montréal, ils se croisent (ou défilent dans les mêmes endroits) et vivent des choses innommables (c'est innommable parce que je ne peux pas en parler, mais aussi parce que c'est salement intense). Huit personnages, sept romans (l'un d'eux présentent deux cobayes), une expérience commune. Ce que j'aime de cette série, contrairement à d'autres séries «chorales», c'est qu'il n'y a pas qu'un point similaire (un immeuble comme L'aquilon ou L'orphéon, un accident comme 24 heures ou Vol 459, etc.) qui réunit les personnages. À sept, nous avons élaboré à la fois l'univers, la ville et les intervenants, mais nous avons aussi écrit nos romans en même temps en travaillant tous avec la même ligne du temps (température, journaux, séances d'injection en laboratoire, cinéma, resto, etc.). Bref, c'est malade. Je place le lien vers la page Facebook (où vous trouverez la bande-annonce, si vous ne l'aviez pas vue). Si tout va bien, mon tome paraîtra cet hiver. En passant, il n'y a pas d'ordre pour les lire.

Ce qui m'amène à mon projet suivant. Maintenant que mon manuscrit « Cobayes » est terminé, je me mets à l'écriture d'un roman « coup de poing ». Je ne peux pas en dire trop encore une fois, mais je peux dire que ça fait longtemps que je travaille dessus. J'ai fait de la recherche pendant plus d'un an avant de pondre le premier plan (accepté par l'éditeur) et un autre six mois avant d'en arriver à une version améliorée et plus longue (et meilleure, selon moi) de mon roman. J'ai échangé pendant des semaines avec des gens concernés par la problématique et, en parlant du livre à mes proches et amis, j'ai découvert autour de moi plusieurs personnes prêtes à se confier. C'est fou comment mes textes de SF n'attirent pas ce genre de confessions. J'ai pourtant l'impression d'aborder des sujets aussi intenses en SF... J'en parlerai dans un autre billet :) Quand à l'histoire, je vous donne plus de détails quand le contrat sera signé, même si j'ai confiance en mon éditeur (des fois qu'il lirait mes blogues...).

Je vous ai parlé des plans dans un autre billet, eh bien, ça marche pas à peu près. En quatre jours, j'ai écrit près de 4 000 mots, et seulement à temps perdu. Je peux arrêter mon écriture en plein milieu d'un paragraphe et la reprendre des heures plus tard sans perdre le fil. C'est merveilleux. 

vendredi 29 août 2014

Une centaine de nouveaux blogues

Dans le cadre de mon cours de renforcement du français, je demande à mes étudiants de créer un carnet web au lieu de leur faire écrire des rédactions en classe. Chaque semaine, ils devront publier un billet sur des sujets proposés par leur dévoué enseignant.

Sincèrement, je suis pas mal certain qu'il va sortir un écrivain de ce projet un peu fou. C'est naïf, mais je crois en l'écriture et je sais qu'on peut accomplir des miracles avec des mots.

Vous en faites pas, je partagerai mes coups de coeur ici ou sur facebook.

On va lui redonner vie à cette blogosphère!

jeudi 24 juillet 2014

La blogosphère

Dans son billet, Pierre-Luc nous invite à réfléchir un peu. c'est un exercice que j'aime et qui cadre dans la réflexion qui est en train de se faire dans le milieu.

Je fais ça à la va-vite parce que je suis de garde ce matin et les enfants sont en maxi-forme.

J'ai découvert les blogues, je penses, ans le temps du forum des Six brumes. Ah! La belle époque. Chaque numéro de Brins d'éternité et de Solaris étaient commentés par les habitués du forum. Chaque bonne nouvelle (comme Michel qui nous annonce que Samuel et la chasse-galerie a été accepté par un éditeur) est reçue avec d'innombrables joies et chaque nouvel auteur/collaborateur est invité à se prononcer sur tous les sujets en lien de près ou de loin avec la SFF, québécoise et internationale. C'est dans le temps où j'ai commencé la direction littéraire de la Petite Bibliothèque bleue, dans le fond, donc en 2005 ou 2006. De mémoire, j'y ai connu Mathieu, Dominic, Jonathan (avec qui j'avais un cours à l'université), Guillaume et Guillaume, Michel. Il semble de Pierre-Luc y était aussi, mais je me souviens seulement lui avoir échangé un exemplaire de mon premier livre (Le Contrat) contre un exemplaire d'Y a-t-il un héros dans la salle.

Non! Arrête de faire tomber les murs de la maison de ta soeur! Je sais que t'as fait exiprès!

Mais je n'ai lancé mon propre blogue qu'en 2009, et uniquement pour la promotion de mon 3e livre (4e, si on compte la bd), publié aux Six Brumes, L'Aquilon. C'est un an plus tard que j'ai créé celui-ci, parce que je lisais Mathieu, Dominic et Gen, et que j'aimais l'idée d'écrire sur tous les sujets qui m'intéressait sans me borner à mon livre. Je suis en train de trouver ma voix, ça va m'avoir pris cinq ans et c'est pas encore tout à fait juste, mais ça s'en vient. De toute façon, encore une fois, le temps me manque. Les enfants sont arrivés, la maison, le double emploi (prof-auteur), tout ça demande de l'énergie et il faut gérer, mais des offres comme celle de Pierre-Luc ou des sujets, comme le réseau social, me donne encore le goût d'écrire ici.

Si tu veux plus le manger, laisse-le dans ton assiette, mêle-le pas à la pâte à modeler!

C'est avec le forum que je suis entré en contact avec le milieu de la SFFQ, mais c'est avec L'Aquilon que je suis réellement « rentré » dans cet univers. Mon premier Boréal, où j'ai enfin rencontré Joël et Valérie, Jean, Élisabeth, Richard, Benoit, Pierre-François, Éric, Pascale, Philippe-Aubert, Patrick, Luc, Émilie, Pierre, Isabelle, Gen et des dizaines d'autres. M'en voulez pas, s'il vous plaît, j'écris ça en surveillant mes enfants qui se lancent de la pâte à modeler, alors je fais vite.

Si tu en lances encore une fois, je te jure que...

Bon, on s'en parle une autre fois, ils sont plus tenables et faut que je mette ma brassée de pâle dans la sécheuse si je veux partir la foncée avant la collation...

lundi 30 juin 2014

Les textes déjà publiés, tuer ses belles


Suite d'un commentaire laissé sur le blogue de Pierre-Luc Lafrance.

J'ai travaillé tout le printemps à réécrire une nouvelle que j'ai publiée en 2010... en même temps que Brins m'a proposé de faire part du collectif des 10 ans avec ce même texte. J'ai demandé si je pouvais le retravailler vu que je le faisais déjà, mais ils ont refusé parce qu'ils voulaient garder la mouture originale.

À l'automne, je publie donc à compte d'auteur une nouvelle qui sera publiée dans un collectif. Le fond reste le même, mais la forme a perdu ses faiblesses grâce à un prof de cégep de l'ancienne école qui a accepté de réviser ma nouvelle.

Mieux encore, je travaille avec un bédéiste pour transformer cette nouvelle en bd, je la revisite donc une troisième fois, ce qui me fait constater que j'ai des thèmes récurrents comme la vengeance, les rapports parentaux et le traumatisme d'enfance.

Ce qui m'amène à parler de la diva de l'écriture. Celle qui se refuse à laisser aller une métaphore qu'elle aime beaucoup. Tsé, celle qui se bat pour une tournure de phrase qui vaut pas une cenne? Tu la replaces, hein? Non! dit pas de nom! C'est une image...

On en a tous une. La mienne, elle prend son trou. Même dans un texte vieux de deux semaines, j'arrive à faire mon deuil d'une belle métaphore. Mathieu Fortin a un jour cité Stephen King (qui citait Faulkner) pour moi. Il a dit : « Carl, kill your darlings. » En plus d'aimer l'allitération, je me suis dit qu'ils avaient bien raison. Il faut savoir tuer ses dames, accepter qu'une belle tournure ne fera pas la mouture finale.

vendredi 27 juin 2014

Le Réseau

Comme beaucoup, je pense à ça.

Est-ce que j'ai vraiment besoin de Facebook pour vivre, moi?

Si j'étais pas auteur et documentariste, donc que je n'aurais pas besoin de me ploguer à tout moment, je pense que, comme ma blonde, je n'aurais pas de compte.

Mais il faut que je sois sur la map, il faut que mes connaissances sachent quand mon livre sort. Il faut qu'il sache que je suis au salon du livre, il faut que, il faut que, il faut que.

L'affaire, c'est que je suis aussi tenté de leur dire que j'ai campé en fin de semaine, que j'ai mangé des sushis hallucinants et que je perds du poids parce que « je fais attention ». Des fois que j'aurais des likes...

Peut-être que je me donne une excuse parce que je me sens coupable de perdre du temps là-dedans? Comme si je mettais mon problème de poids sur le dos de mes glandes, dans le fond.

J'ai peur que le monde se sépare en deux. Ceux qui ont un compte et ceux qui n'en ont pas. Avec une division de plus en plus profonde entre les deux. Au point où la frontière serait un jour infranchissable entre vivre dans le bois et vivre sur l'île Google. Comme quand tu donnes un iPhone 5S à ta grand-mère et que tu lui dis de t'appeler sur Skype.

C'est cette vidéo qui me fait réfléchir de même, allez la voir si vous ne l'avez pas encore vue, ça prend 2 minutes.


P.S. J'ai écrit ce billet mardi et je l'ai programmé pour plus tard vu que j'avais déjà un billet qui sortait... Avoir su que la vidéo ferait rage sur les réseaux, je l'aurais publié plus tôt...

lundi 23 juin 2014

Le rythme et le plan, ou courir dans l'orage avec un bâton

Je pensais pas que c'était possible.

Je viens de toucher les 45 000 mots sur le manuscrit que je dois remettre en août/septembre. C'est le plus long texte que j'ai écrit de ma vie. La fierté que ça procure est assez intense. C'est l'équivalent de réaliser, pendant que tu fais pour une troisième fois l'amour, que tu vas être capable de le faire une quatrième fois. T'en fais pas, ça m'est jamais arrivé, c'est une image.

Qu'est-ce qui a changé? Pourtant, j'ai ma blonde, deux enfants et une maison à gérer. Bon, j'avoue, je me sacre trop de ma maison et les enfants chassent le tigre du Bengale sur la pelouse d'en avant.

Sérieusement, je gère mon temps différemment. J'arrive pas à voir comment, parce que j'ai jamais eu autant pas de temps. Et pourtant, je trouve même du temps pour aller camper en Westfalia dans tout ça.

Une des choses qui m'a aidé le plus, c'est le plan

Ouais, je sais, je t'entends dire, genre : quoi? t'as jamais fait de plan? c't'une joke?
Ben non, désolé, mais continue de lire si tu veux voir comment je suis comme dans la toune d'Amazing Grace (j'étais aveugle, maintenant je vois).

En gros, je me suis fait un plan. J'ai écrit, chapitre par chapitre, les grandes lignes de mon livre. Jusque-là, je suis un criss de génie, non?

Pour 60 000 mots de roman, mon plan m'a donné 5 000 mots et 44 chapitres. En écrivant, j'avais pris la mauvaise habitude et me dire : « fais au moins 1 375 mots par chapitre ». Rendu à 35 000 mots, j'ai constaté que ça brise le rythme d'imposer un nombre de mots à mes chapitres. J'étais comme un obsessif-compulsif qui comptent ses tuiles de salle de bain et qui est foudroyé par l'impossibilité de rentrer 8 tuiles sur 7 pieds et demi de long.

Je suis retourné au début et j'ai découpé à nouveau le texte et je me suis retrouvé avec 60 chapitres. Plus courts, plus tchak-tchak-tchak, plus à mon goût.

Je n'avais jamais fait un plan aussi clair avant, maintenant je sais à quel point c'est utile et nécessaire. Je suis comme l'homme de cromagnon qui regardait ses amis allumer des feux avec des roches. Moi, tout ce temps-là, je courais dans l'orage avec mon bâton à bout de bras.

Avant, homme en couple pas d'enfant, je retenais tout ça dans ma tête et sur des bouts de papier, mais je ne dépassait jamais 20 000 mots. Et encore, en révisant « La Plateforme » avec Joël Champetier pour Solaris 187, on est passé de 17 000 à 14 000 mots.

J'ai toujours écrit d'un souffle, ce qui est impossible avec un roman... ou avec des enfants. Maintenant, je peux embarquer dans mon texte à n'importe quel moment de la journée, que ce soit pour dix minutes ou deux heures, et reprendre mon écriture où je l'avais laissé deux, trois, quatre jours plus tôt sans même avoir besoin de me relire parce que je sais exactement où j'en suis rendu et où je m'en vais.

Je peux me faire cuire un steak à tout moment de la journée, parce que mon feu est perpétuellement allumé désormais.

Et j'ai toujours de quoi sécher mon linge, des fois qu'il me prend l'envie d'aller courir dans l'orage avec un bâton à bout de bras...