mercredi 26 août 2015

Scènes supprimées du roman Benoit (coll. Cobayes, Éditions de Mortagne)

Cette scène se déroule entre le moment où Benoit et Mini sortent de l’hôpital (p. 299) et celui où ils atteignent le bar.




Quand l’infirmier nous donne le signal de départ, je cours à l’auto. Il faut qu’on retrouve Salem. Première étape, retourner chez lui.

B

Bien évidemment, c’est vide comme un cours de math au mois de juin. Il n’y a plus de traces de notre pimp adoré.
Par contre, je suis sûr que le voisin peut nous aider. Le gars toujours assis devant chez lui à regarder tout le monde passer, il doit savoir où se cache Salem.
Il a l’air satisfait de nous voir sortir penaud de la maison de son ami, mais son visage se tord quand il voit que je ne retourne pas à la voiture.
Ouaip, je viens pour toi.
C’est sûrement lui qui a vendu la mèche. Il m’a remarqué, avec mon air louche et mon wakizashi, et il a téléphoné Salem pour l’avertir. Ça expliquerait pourquoi ce chien a été aussi rapide quand on a voulu le surprendre.
Sur le perron, je pointe la porte.
-Allez, vieux Jackie Chan, c’est par là.
On entre aussitôt. Il ne parle pas français, mais il comprend vite ce qu’on fait chez lui.
L’intérieur de la maison ressemble beaucoup à celui de son voisin. Pendant que mon témoin s’assoit en pleurant sur le fauteuil défoncé qui occupe le salon – je comprends pourquoi il passe ses journées dehors –, Mini fait le tour des pièces, des fois qu’on aurait de mauvaises surprises.
Elle revient.
-Personne.
Parfait. Du bout de ma lame, j’incite ce bon vieux Chan à parler.
-Où il est, ton voisin?
Malheureusement, il ne semble connaître qu’une ancienne forme de malais qui se parle surtout avec de la morve et des crises d’asthme pitoyables. Bref, je comprends rien.
-On va essayer autre chose. Comment on dit « adresse »?
-Alamat.
-Donne-lui de quoi écrire.
Mini fouille les tiroirs de tous les meubles potentiels et revient avec un bout de papier et un stylo.
-Alamatte!
Il écrit, tremblant, une adresse.
Mini l’entre dans sa tablette.
-C’est dans Kuala Lumpur.
Parfait. Un dernier mot pour le voisin :
-Dommage, ç’aurait pu être une relation gagnante, notre affaire. Pourquoi tu les as défendus?
Pleurnichage malaisien.
-Je ne peux pas te laisser l’appeler encore, alors tu comprends…
Le dernier mot qu’il dit devait être un genre de « non » suppliant, mais le wakizashi perfore son poumon gauche avant de toucher le cœur. Bref, il perd son souffle.
Et j’ai taché son divan. Ça glisse comme dans du beurre ce jouet-là! En moins de temps qu’il le faut pour crier « wakizashi », je me retrouve à deux pouces de la face molle de Jackie Chan. La lame a traversé son corps et le dossier du fauteuil. J’ai l’air d’un acrobate du cirque du soleil qui essaie de se tenir en équilibre sur un grand-père mort.
Je viens de tuer quelqu’un devant Mini. La fraction de seconde que je mets à tourner la tête vers elle me laisse anticiper le pire. Elle me méprise. Elle est horrifiée. Elle me trouve dégoûtant et répugnant.
Je la dévisage. J’essaie de décoder ses traits. Va-t-elle vomir?
-Cooooool.
Je l’ai déjà dit qu’elle est géniale, cette fille-là?
Soulagé, je lui expose le fil de ma pensée.
Je voudrais savourer ce meurtre et appeler tous les médias, mais il faut encore que je le cache. Si Salem apprenait que son voisin avait été tué, il comprendrait tout de suite qu’on s’en vient pour lui.
-Pas le choix, on va le cacher dans la valise du char.
Pauvre Mini, tellement candide.
-Quel char? Notre pseudo Smart? La valise est grosse comme une sacoche.
Voilà comment Jackie Chan s’est retrouvé assis sur la banquette arrière de l’auto, enroulé dans sa grosse laine comme une personne âgée avec son chapeau enfoncé sur les yeux. On jurerait qu’il dort. Une chance que Fausse-Steph et les Beaumont ne sont pas là, parce que manquerait de place dans notre bus de l’amour.
-T’as oublié d’attacher sa ceinture, me rappelle gentiment Mini quand, au premier arrêt, il se frappe la tête contre mon siège et tombe sur le côté.



Sur la route, j’arrive mal à garder le focus. J’ai des élastiques derrière les yeux qui tirent comme s’ils étaient sur le point de claquer. La voiture tangue un peu, mais c’est peut-être parce que je roule à une vitesse ridiculement élevée…
Je ne suis pas le seul à le remarquer. Un policier sort d’une pancarte publicitaire et se lance à ma poursuite en stroboscopant ses lumières dans mes pauvres yeux fatigués.
-Fuck! Ben! À quoi tu penses?
On se calme, je contrôle la situation. Je lui explique le tableau : Le vieux est son oncle, on est venu le visiter, je conduis pour la première fois en Malaisie, je suis sur le décalage horaire, on s’excuse, je ne recommencerai plus jamais.
-Et si ça marche pas? grogne le vieux mort.
Je me tourne vers Mini :
-Est-ce qu’il parlé?
Mini me fixe. On dirait qu’elle mesure mon degré de santé mentale.
-C’est pas le temps de faire le cave.
-Je te jure que je l’ai entendu parler.
Il grouille sur son siège en imitant ma voix :
-Je te jure que je l’ai entendu! Gna gna gna!
-Là, tu l’as vu?
-Come on, Ben, me supplie Mini.
-Ah! Le policier est là.
Il cogne à la fenêtre. Je suis en sueurs. Mon cœur bat au rythme de coups de pied que m’envoie Chan à travers le siège. Est-ce que les morts vont me lâcher un moment donné?
L’agent voit tout de suite que je ne suis pas d’ici et s’adresse à moi en anglais :
-Vous savez pourquoi je vous arrête?
-Parce qu’il m’a tué!
-Je suis désolé, monsieur l’agent. Nous venons d’arriver ici, et je souffre du décalage horaire, alors je ne suis pas encore habitué à la conduite de votre beau pays.
-Mon Dieu! Vite, sortez les violons!
Le constable ne prend pas ça à la légère.
-Avez-vous bu?
-Pire que ça! Il m’a tué!
La prochaine fois, je me tourne et je lui enfonce mon poing dans le visage.
-Non, je ne bois jamais quand je prends le volant. C’est le décalage…
Si c’était la nuit, il m’aurait planté une lampe de poche dans l’œil. Là, il se contente de se pencher. Il jette un coup d’œil dans la voiture.
-Cet homme…
-…Est mort!
Chut!
-C’est mon oncle, termine Mini.
-Pouvez-vous le réveiller s’il vous plaît?
J’invente :
-Désolé, il a pris des somnifères avant de partir.
L’agent ne mord pas.
-Sortez de la voiture s’il vous plaît.
-Oh! Mais qu’est-ce que tu vas faire? Tu vas t’en aller en prison je pense.
-Allez devant la voiture et posez vos mains sur la capot.
J’obéis et je me creuse la tête. Quel geste puis-je poser sans paraître suspect?
Il ouvre la portière arrière. Le corps de Jackie glisse doucement sur le côté, courbé comme une canne à pêche qui remonte un gros poisson.
-T’es fini, Benoit. Quand il va comprendre, tu vas payer. Qu’est-ce que tu fais? Non!
Alors que le policier secoue le corps et constate son décès, je cours vers lui en attrapant le wakizashi que me tend Mini. On dirait deux coureurs à relais sur le crack.
Quand l’agent se tourne vers moi avec son taser, il est déjà trop tard. La lame a pourfendu son estomac et, vu qu’il s’est mis à glisser, je l’ai découpé jusqu’au sternum. Son sang coule le long du manche et ses tripes se déversent sur moi comme une vague chaude de gros serpents violacés.
-Zut, moi qui pensais que tu te ferais prendre.
-Ah! Ta gueule!
-Calme tes nerfs, réplique Mini. J’ai rien dit. Désolée de t’avoir sauvé la vie.
-C’est pas toi, c’est lui…
-Ouais, moi, le gars qui meurt pas.
-Ok… Monte dans l’auto pis amène-nous chez Salem qu’on le tue.
-Une seconde.
Je pousse le corps du policier dans le fossé, puis j’y roule sa moto. Si je le pouvais, je jetterais le vieux voisin avec lui, mais ce serait bête que Salem apprenne que son voisin a été trouvé sur le rebord d’une autoroute alors que nous sommes sur le point de le coincer. Je garde le taser du policier, ça peut toujours servir.
Je replace Jackie Chan sur son siège en le frappant à coups de pied. De la route, j’ai l’air de travailler fort pour rentrer des bagages dans ma voiturette de golf.
-Aïe! Arrête, espèce de malade!
-Si t’était pas mort, je te tuerais une deuxième fois, trou d’cul.
-Benoit, faut vraiment que tu consultes pour tes hallucinations.
-J’aime ton altruisme. Ça me redonne foi en l’humanité.



En trente minutes, on arrive à l’adresse que le voisin a donnée, juste en face d’un poste de police.
-Ouais, c’est juste ici. Tu pensais pas te mettre dans la marde à ce point-là, hein?
Je jette un regard à Mini.
-Faut faire quelque chose avec lui, il m’a parlé tout le long, je vais perdre patience.
-Il est mort, laisse-le dire ce qu’il veut.
-Ça commence à sentir mauvais, ici. Ah! C’est moi!
-C’est vrai.
-Quoi?
-Il commence à sentir.
Mini essaie de me raisonner :
-Il te parle en continu depuis sa mort?
-Ouaip.
-Oui…
-Est-ce qu’il bouge?
Dans le rétroviseur, il lève le majeur, juste pour moi.
-Va chier.
-Oui.
Elle secoue la tête.
-Bon, trouve un parking sur la prochaine rue. Une place où personne va remarquer notre oncle décédé.
-Faudra penser à me laisser une craque dans la fenêtre pour pas que j’étouffe.
-Je te déteste.
-Je t’aime.
Mini a compris que je ne m’adressais pas à elle.
Je gare la voiture dans la ruelle derrière l’immeuble où se cache Salem. Ça nous fera une sortie rapide s’il arrive quoi que ce soit.
Je dissimule le wakizashi dans mon pantalon. J’apprends de mes erreurs. J’ai quand même l’air d’un vieux marin saoûl, mais aucun voisin ne peut soupçonner ma jambe de bois de cacher un wakizashi.
L’adresse est au deuxième étage. Par la fenêtre de la porte, je vois passer la femme de Salem. Je deviens tout excité. Enfin!
-On est à la bonne place.
Je tourne la poignée et je pousse la porte. « Clic. » Une chaînette m’empêche d’ouvrir. Je suppose qu’avec un bon coup de pied…
-Sonne à la place.
Mini a déjà le doigt sur le bouton. La sonnette retentit au moment où je referme.
J’entends des rires à l’intérieur. Ils ne se doutent de rien.
La porte s’ouvre sur un homme qui me reconnaît une seconde trop tard. Avec sa carrure et son teint foncé, ses petits yeux et sa coupe quatre-vingt-dix, je replace tout de suite l’enquêteur Weah. Je lui enfonce le taser sur la pomme d’adam alors qu’il s’écrie : « Je t’avais dit que je voulais pas te revoir! » Ça sort plutôt comme « Aïebleugueglibrrrr » avec le choc électrique.
Il tombe lourdement et sa tête frappe le sol. Quand je me relève, il reste couché. Il n’est pas inconscient, mais il gigote comme un bébé naissant qui prend son bain.
Une femme débarque, effrayée, et demande quelque chose. Ça ressemble plus à « qu’est-ce qui lui est arrivé? » qu’à « qui êtes-vous? » Ce qui m’arrange.
-Mini, trouve la porte d’en arrière pour être sûr qu’elle se sauvera pas!
Comme la femme de Weah ne m’a pas vu utiliser le taser, elle croit qu’il a eu un gros malaise. Elle m’aide à traîner l’enquêteur jusqu’à une chaise de la cuisine. Quand elle m’aperçoit, la femme de Salem ouvre la bouche pour hurler, mais un geste de Mini la fait taire aussitôt.
Je tire enfin mon wakizashi de mon pantalon, ce qui rend folle la femme de maison. Pas au point de crier, je pense qu’elle comprend que je ne veux pas la tuer. En tout cas, j’espère que c’est ce qu’elle pense.



-Je vais vomir.
Weah, la tête qui dodeline comme un bubble head, se plaint depuis qu’il est remis. Sa femme et celle de Salem, juste à côté, ne bougent pas d’un pouce.
Il répète quelque chose en malais et sa femme se précipite (avec Mini) pour lui trouver quelque chose. Elles reviennent avec un immense bol bleu. Juste assez grand pour donner de l’écho à son vomi quand il se met à gerber. Il a sûrement fait une commotion en tombant, mais je m’en fous royalement.
« Blaaaaaaaaaaaaah! Blaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah! Bleuaaaaaaaaaah! »
Dégeulasse.
-Je m’endors…
Ouais, moi aussi, je m’endors. Je n’ai pas vraiment dormi depuis six jours, et est-ce que je fais chier quelqu’un avec ça?
On dirait que Weah se fiche complètement qu’un tueur vienne chiller dans sa cuisine.
-On cherche Salem. Yé où?
-Tu penses-tu vraiment tuer quelqu’un avec ton épée?
-Je l’ai fait. Le voisin de Salem est dans l’auto.
Weah regarde la femme. Elle n’a aucune idée. Et il ne lui dit rien.
-Pourquoi tu me dis pas où je peux trouver Salem?
-Parce qu’il me paie.
Il parle comme s’il avait descendu trois bières. À l’aise, nonchalant à la limite.
-Tu le couvres?
-Pourquoi tu penses que je cache sa femme ici? Y’a personne d’assez fou pour fouiller dans l’appartement d’un policier.
Moi.
-D’ailleurs, merci pour la prise d’otage. L’argent que je vais recevoir pour avoir sauver sa peau va me payé une casquette.
-Hein?
Weah pointe le salon. En étirant le cou, j’arrive à voir une impressionnante collection de casquettes qui couvre au moins deux des murs. Toutes bien placées, suspendues dans le vide grâce à des crochets trompe-l’œil.
Suffisait de trouver le point faible. Je parle en français :
-Mini, peux-tu aller me chercher une casquette s’il vous plaît?
-Bien sûr, qu’elle fait avec son attitude de co-animatrice de jeu télévisé.
Du salon, je l’entends prononcer exagérément :
-Alors, aujourd’hui, nous avons une casquette brune et usée qui porte l’autographe de quelqu’un… Le Salon nous offre aussi une capine bleu marine avec un logo de dauphin qui fait un sourire agressif, elle aussi autographiée!
-Prends celle qui a l’air la plus importante.
-Genre, dans une vitrine?
-Ouiiiiii.
Weah ne comprend pas mon sourire. Dans son visage, je lis l’inquiétude du nouveau de première secondaire à qui tu demandes de trouver la piscine d’une école où il n’y en a pas.
Mini revient avec, sur la tête, une casquette des Expos de Montréal. Très usée, couverte de signature. Mini est vraiment sexy avec une casquette.
-Attend! Qu’est-ce que tu fais? Tu peux pas toucher à ça!
Soudain, Weah reprend vie.
-Si tu me dis pas où trouver Salem, je chie dedans.
Ouais, sérieusement, je n’ai pas chié depuis qu’on a atterri, alors je peux me dévouer pour la cause.
Il se redresse d’un coup. Il va me casser la gueule!
La sonnette d’entrée retentit. On a de la visite.



Je lance le wakizashi à Mini.
-Cache ça dans le garde-manger.
J’accompagne Weah à la porte. Mes grands gestes violents illustrent à tout le monde que personne ne va s’en sortir s’ils n’agissent pas normalement.
La porte s’ouvre sur un policier souriant. Le nom « Lee » est cousu au-dessus de la pochette de sa chemise. Sérieusement? Fallait que je me pointe en Malaisie pour me retrouver devant l’agent Lee?
Aussitôt qu’il en a l’espace, il entre en saluant Weah. Son sourire s’étire d’un cran alors qu’il me tend la main. Il parle à Weah. Weah m’explique :
-C’est un ami. C’est lui qu’on attendait quand t’es arrivé.
-Ah! Vous parlez anglais! s’exclame Lee.
Puis, à Weah :
-Fallais me le dire que t’attendais de la visite.
Tout en disant cela, il s’avance dans la cuisine et se prend une bière au frigo. Il salue les deux femmes et Mini.
-Vous êtes d’où? me demande-t-il en se tirant une chaise.
-Du Canada.
-J’ai un neveu qui vit à Ottawa. Peut-être que vous le connaissez, il s’appelle…
Lee ne parle pas très bien anglais. Il a une attitude très avenante, comme sa bedaine. Je l’aurais aimé si je ne l’avais pas rencontré dans une occasion comme celle-ci. Il parle longuement de tout ce qu’il connaît du Canada, jusqu’à la fois où il a trouvé une carte postale qui avait été égarée par un touriste américain. Bref, tout ce qui fait penser au Canada, il nous en fait grâce, même si ça n’a rien avoir avec le Canada en bout de ligne.
Mes oreilles bourdonnent. Ma vue se brouille. Mes doigts s’engourdissent. Ce n’est pas que je vais devenir violent, je pense que je vais m’endormir si je ne bouge pas.
-… c’est comme ça que j’ai appris que ma femme était enceinte. J’espère que mon fils pourra aussi aller au Canada un jour.
Tellement aucun rapport, cette anecdote. Lee doit partir, maintenant.
Ça tombe bien, sa bière est vide.
Il se lève, marche jusqu’au frigo, l’ouvre.
-T’as plus de bière au froid.
Weah jette un regard furtif à Mini, plantée devant le garde-manger.
-Alors j’en ai plus…
Lee sourit toujours.
-Je sais que tu en gardes aussi là.
Il pointe effectivement le garde-manger. Celui où le wakizashi taché de sang est caché.
-Il faut que tu t’en ailles, Lee. On a des choses à se dire et mes invités sont fatigués, repasse plus tard, ok?
Le sourire s’efface.
-Voyons! Tu m’as jamais refusé une bière. Qu’est-ce que t’as?
Le sourire revient.
-Ah! Elle est bien bonne. Allez, ma grande, pousse-toi que je me serve.
Mini hésite. Manœuvre à gauche quand Lee tend le bras vers la poignée. Puis à droite comme si elle le croisait sur un trottoir.
Weah répète :
-Lee, sérieusement, va-t-en.
Son ami est décontenancé. Sur son visage, une grimace d’indécision trouble son sourire. Finalement, on dirait qu’il se convainc que c’est une blague. Il lutte amicalement avec Mini et réussit à la pousser du chemin. Au moment où il pose la main sur la poignée, Weah se met à hurler :
-Je t’ai dit de t’en aller! Vas-tu sacrer ton camp ou je te jette dehors à coup de pied au cul?
Je traduis, mais ça ressemble pas mal à ça.
Lee a compris. Ç’a été long, mais je suis soulagé.
Avant de sortir, l’agent Lee ajoute :
-Tu me déçois beaucoup.
Weah referme la porte.
Je reprends le wakizashi et mon rôle de tortionnaire.
Alors que je pointe la lame sur Weah, la porte d’entrée s’ouvre comme poussée par un coup de vent.
-Et comment ça se fait qu’elle a le droit de mettre une de tes casquettes…?
Le temps qu’il finisse sa phrase, Lee est dans la cuisine, les yeux fixés sur mon arme.
Son bras se déplace doucement vers son arme. Ses mouvements sont ralentis comme s’il bougeait dans l’eau. Moi, je n’attends pas. Je tourne le wakizashi sur le côté et je pivote sur mes chevilles comme pour freiner en patin. La différence, c’est que la lame est dans mes mains et qu’elle glisse sur toute la largeur du gros ventre du policier.
Il porte aussitôt les mains à son estomac, mais impossible d’empêcher cette masse blanchâtre – du gras? – de s’ouvrir pour laisser sortir une pleine chaudière de tripes violettes. Les éclaboussures atteignent le visage blanc de Weah. J’aime tuer l’agent Lee malgré les cris aigus des femmes de Weah et de Salem.
Il n’y a aucune expression sur le visage de l’enquêteur. On dirait que je lui ai débranché le cerveau. Lobotomie par meurtre gratuit. Pourtant, son ami, lui, bouge encore. Le spectacle est affreux. Il lève finalement le regard vers moi. Sa voix est posée et terne :
-Salem va être toute la nuit dans un rave pour louer les enfants.
Il prend une pause solennelle, digne des meilleurs films, et me tend la carte d’affaire du club.
-Sors de ma vie, maintenant.
-Pas de problème. Tout de suite après vous avoir tués.
Pas con, je plante aussitôt le wakizashi dans le cœur de Weah, droit dans son pectoral musclé. Sa femme lui saute dessus en espérant le sauver, alors je donne un second coup, à peu près au même endroit, et elle agonise pendant que je poursuis la femme de Salem dans l’appartement. Je vais t’attraper!
Finalement, je la trouve sous le lit, tremblante. Est-ce qu’elle pensait vraiment s’en sortir vivante?
Parce qu’elle refuse de quitter sa cachette, j’essaie de la piquer du bout de ma lame, mais elle esquive mes coups. J’ai l’impression d’être dans un douteux jeu d’adresse de kermesse. À la fin, je suis épuisé. Je grimpe sur le lit, et Mini m’aide à m’enligner sur la femme. Quand je suis enfin au-dessus d’elle, j’enfonce le wakizashi dans le matelas et transperce sa cage thoracique. La lame, qui frôle les ressorts du lit, produit un bruit d’ongles sur un tableau noir.
Et à entendre le cri que pousse ma victime, je dirais qu’elle est mortellement blessée.
Jouissif.
Mais ça ne dure pas. Comment je peux savourer mon crime en toute liberté? J’ai encore la responsabilité de ne pas me faire prendre. Sinon, tout est fichu. Il faut qu’on tue Salem avant que je puisse enfin vivre pleinement mon plaisir meurtrier.

B

Retour à la voiture. Le voisin y pourrit toujours.
-C’était long, je me suis ennuyé.
-Ahhh!
Mini se tourne.
-T’as oublié quelque chose?
-Mon ami!
-Je pensais plus à lui.
-C’est vrai qu’il commence à puer. On le monte avec les autres?
-Comment ça, les autres?
Tu vas voir, vieux déchet.




Et c'est ainsi que se terminent les scènes supprimées. J'espère que vous avez aimé...

vendredi 31 juillet 2015

Conseil d'auteur no 1 (je n'ai pas le temps d'écrire)

Ça mijote depuis un bout, j'ai le goût de faire une série de petits textes sur les conseils rapides que je donne constamment. Aujourd'hui :

« Je veux écrire, mais je n'ai pas le temps. »
« J'ai un projet d'écriture hallucinant, et je l'écrirai dès que j'aurai le temps. »

Le problème, là-dedans, c'est le temps.

Moi aussi, je dis ça, mais pour d'autres choses.

Quand je vois les super beaux arrangements de fleurs devant la maison des voisins, je me dis : « Je voudrais faire un beau terrassement sur mon terrain, mais je n'ai pas le temps. » ou « J'ai vraiment une idée hallucinante pour mon terrain, et je la ferai dès que j'aurai le temps. »

Dans mon cas, l'argent entre en ligne de compte, parce que ça coûte de l'argent, faire le terrassement d'une maison. Dans le cas d'un livre, ça va te coûter un ancien cahier canada et un crayon.

Donc, il ne reste que le problème du temps. Comme il est limité, il faut choisir notre façon de l'utiliser. Personnellement, au lieu de travailler sur mes fleurs, j'écris. Au lieu de jouer à Fallout, j'écris. Au lieu d'aller m'entraîner, j'écris. Au lieu de réparer mon West, j'écris. Au lieu de niaiser sur Facebook, j'écris. (J'y arrive pas.)

« J'ai des enfants, j'ai pas de temps. » 

J'ai trois enfants, je te confirme qu'il vient un temps où tu pourras écrire. Rien ne t'empêche en attendant de prendre des notes (un petit calepin, ça se traîne très bien dans un parc) et de dresser le plan de ton roman au point où, quand le temps viendra, tu pourras pondre ton premier jet en deux mois.

« Je travaille 80 heures semaines, j'ai pas de temps. »

En haute saison (les semaines de correction), les profs font pas mal du 80 heures. C'est épuisant, je te l'accorde. Par contre, quand je travaillais dans une usine de transformation de viande, j'avais de longues heures durant lesquelles mes personnages se développaient dans ma tête. J'utilisais ma pause et mon dîner pour transcrire mes idées.

« Je suis crevé quand j'arrive chez moi, même si j'avais le temps, j'ai pas l'énergie pour écrire. »

Comme pour le reste. Si tu veux écrire, faut que tu fasses de la place à l'écriture. Tu veux vraiment écrire? Si oui, ça veut dire que tu serais prêt à te lever une heure plus tôt à tous les matins pour écrire, non? Personnellement, je suis trop lâche pour ça. Je préfère me coucher une heure plus tard... et me sentir moche le lendemain.

Voilà pour aujourd'hui. Si tu as des commentaires, je suis là.

lundi 20 juillet 2015

Mes prochaines parutions, et des nouvelles !

Commençons par les nouvelles. Un troisième bébé s'est ajouté à la famille il y a bientôt trois mois, ce qui ralentit bien évidemment le rythme de billet publié, mais je sais que vous ne m'en tenez pas rigueur, parce que vous êtes déjà habitués à attendre longtemps mes messages ;)

Tous mes textes sont désormais en ligne. Amazon et Kobo, me voici ! (voir juste ici, à droite...)

Côté projets, ça n'arrête évidemment jamais. Dans l'ordre, je publie un roman jeunesse (6-9 ans) au mois d'août avec les Éditions du Pheonix. Il s'intitule Le renard du Bic. Les illustrations sont de la super Nadia Berghella. Ah, pourquoi pas, je vous montre la couverture ici :

lundi 4 mai 2015

Présentation de l'interface principale de Classcraft

Le gros problème que j'ai rencontré quand j'ai voulu découvrir Classcraft, c'est le manque de tangibilité du jeu avant son exploration. C'est la raison pour laquelle je vous présente cette interface, car j'espère qu'elle saura vous convaincre de vous inscrire sur le site afin de découvrir toutes les vidéos d'apprentissage fournies par Classcraft qui, elles, présentent tous les aspects du jeu de façon très élaborée.

Tous droits réservés, classcraft.com

mercredi 22 avril 2015

Classcraft, conséquences sociologiques

J'avais des attentes lorsque j'ai choisi d'intégrer Classcraft à mon approche pédagogique. 

Je voulais augmenter le taux de participation en classe. Ç'a marché. J'obtiens toujours une réponse à ma question. Toujours. Et les lâches sont rapidement ramenés à l'ordre (ou abandonnés) par les membres de leur équipe.

Je voulais diminuer le taux d'absentéisme. Ç'a fonctionné aussi. J'ai des étudiants qui affirment ouvertement qu'ils sont venus pour connaître l'événement du jour (événement aléatoire allant de « Carl chante une chanson » à « Tout le monde perd 20 points de vie ».

Je voulais avoir du fun. Mission réussie. Rien de plus agréable que de s'exclamer : « Julien, vingt points d'XP! »

Mais je ne m'attendais pas à ceci :

samedi 18 avril 2015

La fin de session, à la Classcraft

Au cégep, c'est déjà le temps des bilans. Pourtant, avec Classcraft, la fin de session est différente. Je m'explique.

En temps normal, la fin de session, c'est le moment où les étudiants se relâchent dans certains cours afin de se concentrer sur ceux qu'ils considèrent importants.

lundi 23 février 2015

Classcraft, quelques semaines plus tard


C'est le temps de faire un suivi.

La routine du cours ressemble à ça :

1- Arrivé dans le cours, je prends les présences et je donne des points d'expérience aux présents (ça les motive royalement et, comme on est au cégep, pas question de les menacer d'appeler leurs parents). Les absents perdent 10 points de vie. Les retardataires perdent 5 points de vie. Les étudiants qui ont oublié du matériel perdent 5 points de vie. Au début, c'est un vrai massacre. Après deux cours, c'est beaucoup mieux :)