mercredi 22 mai 2013

5 étapes pour écrire sa biographie

Argh.

J'ai deux textes qui seront bientôt publiés. Dans les deux cas, comme pour la quatrième de couverture de nos livres, il faut fournir un genre de biographie.

Personnellement, j'ai toujours été déçu par mes bios et j'ai toujours préféré celles des autres sans jamais leur remarquer les défauts que je reproche aux miennes. Devant une bio à écrire, je me sens comme lorsque je téléphone à quelqu'un et que, prêt à engager une conversation, je tombe sur sa boîte vocale. Je me mets à dire n'importe quoi et j'oublie souvent le but de mon appel.

Voici donc les étapes qui me torturent :
Première étape : choisir le narrateur. Première ou troisième personne? C'est sérieux, est-ce qu'on veut se la faire "je te parle de qui je suis" ou "je ne suis surtout pas l'auteur qui fait lui-même sa biographie, alors je prends du recul pour être super objectif"?
Ça donnera respectivement : 
1-Je suis né à Montréal, puis j'ai grandi dans le petit village de Saint-Edmond-de-Grantham.
2-Carl Rocheleau est né à Montréal, puis a grandi dans le petit village de Saint-Edmond-de-Grantham.

Deuxième étape : décider du contenu. Veux-tu plus te la faire Anne of the Green Gables et faire chier tout le monde avec ta vie, dresser un pedigree des dizaines d'oeuvres que tu as publiées dans pleins de revues (il y a un lien inversement proportionnel entre l'expérience d'un auteur et le nombre d'oeuvres qu'il cite dans sa bio) ou parler de ton style unique (celui qui te permet d'être publié et d'avoir à écrire cette bio)?
Ça donne :
1-Carl est né à Montréal, mais a grandi dans le petit village de Saint-Edmond-de-Grantham où il a découvert les joies de l'imagination. Il s'emmerdait tellement à jouer avec des bouses de vache qu'il a fini par s'inventer un monde où fuir sa pitoyable réalité.
2-Carl écrit sans arrêt. Dès 2005, il publie de nombreuses nouvelles dans La Petite Bibliothèque bleue, telles que X, Y et Z, puis dans le fanzine Nocturne (on se rappellera l'excellente nouvelle IXE) ainsi que dans Brins d'Éternité (où brilla sa nouvelle WD40).
3-Le style de Rocheleau tend vers le ciel et la pureté des anges. Ses mots et ses formulations transcendent les lignes et touchent le lecteur droit au cœur.

Troisième étape : définir l'angle. Sérieux, relâché, amusé, désabusé. Préfères-tu donner l'impression que tu ne te prends pas au sérieux ou, au contraire, que tu es ennuyeux comme la mort et que tu donnes raison à ceux qui ne prennent pas la peine de lire les bios parce qu'ils savent ce qui y est généralement écrit? (En passant, je sais qu'on oublie que c'est une question tellement ma phrase est longue et plutôt affirmative.)
On aurait donc :
1-(Sérieux) Carl publie ici son premier texte professionnel.
2-(Cynique) Après maints refus/encouragements (vous connaissez les éditeurs, toujours à dire "c'est bien, continue", alors qu'ils veulent dire "c'est dommage, continue à couler"), Carl publie ici son premier texte professionnel.
3-(Rêveur) Cette publication est la première, mais certainement pas la dernière!

Quatrième étape : respecter le nombre de mots. Comme ils sont tous différents, ces petits êtres étranges à la tête des machines littéraires demandent un nombre de mots qui leur colle. On se retrouve donc à retravailler la même foutue bio depuis les trois-quatre-cinq dernières années en essayant de la mettre à jour sans lui faire perdre son essence - celle qui nous plaisait suffisamment, en tout cas, pour qu'on laisse partir cette version-là de notre bio à l'époque où, pour la première fois, on nous a demandé de nous auto-biographier.

Cinquième étape : diverses considérations. Comme dans la vie, il faut choisir comment on se présente. Est-on son emploi principal? Est-on notre passion? Est-on notre texte ?
Par exemple :
1-Enseignant, Carl sait transmettre son dynamisme autant à ses étudiants qu'à ses lecteurs...
2-Féru d'ornithologie, Carl écrit depuis quelques années...
3-Le voyage dans le temps a toujours fasciné Carl...

Comme une bonne recette, le secret, c'est de ne pas trop suivre les étapes et d'essayer des trucs. Je me souviens même avoir écrit une bio où je parlais du fait que l'hélium est une ressource non-renouvelable (comme quoi cette découverte montrait bien à quel point on était en train de détruire la Terre).

Alors, faites donc ce que vous voulez. De toute façon, qui va lire ça?

Et cet été, vous verrez bien ce que j'ai choisi d'écrire...

8 commentaires:

  1. LOLOLOL! Oh que je te comprends. J'haïs ça écrire mes bio!

    D'ailleurs, tu viens de m'inspirer mon billet de blogue pour demain! ;)

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  2. Tout à fait ça. Le pire, c'est que c'est le petit bout de texte que j'adore lire. Bien plus que le résumé de l'histoire que je m'apprête pourtant à acheter ou emprunter. J'ai une âme de voyeuse, j'en suis certaine.

    P.S. après plusieurs passages - probablement anonymes - j'ai finalement décidé de vivre au grand jour et j'ai ajouté mon nom (ben enfin mon pseudonyme) à ta liste de "fidèles".

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  3. @Gen : J'ai hâte de lire ça !

    @ClaudeL : Le pire, c'est que je sais bien que les gens aiment lire ce petit bout, probablement parce que l'auteur y est lui-même, c'est-à-dire vulnérable.

    Je me souviens encore de ce message où tu m'expliquais pourquoi tu ne serais pas abonnée à mon blog. Je suis content de voir que tu aies laissé sa chance au coureur.

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  4. J'aime ça, je le prends en note. Rien de plus chiant que d'écrire sa propre vie...

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  5. Je pense que tu touches à un point dans ton dernier commentaire, Carl : L'auteur, dans sa bio, se montre sous son côté le plus vulnérable. On a l'impression que les gens vont nous juger d'après ce qu'ils vont lire dans cette bio, alors on veut bien faire, on veut tout dire, mais pas trop, paraître intelligent et drôle à la fois, tout ça dans un petit paragraphe...

    Ouf! Moi aussi, je hais les bio! ;)

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  6. @Étienne : content que tu viennes me visiter.

    @Isabelle : Content de partager cet opinion avec toi !

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  7. La post-production, en général, est le plus pénible dans la sortie d'un livre. En dehors de la bio il y a toutes les rédactions de fiches : audio-visuelle, pour les distributeurs, pour les libraires, pour les diffuseurs. Moi c'est ce qui me gave le plus ! Écrire ça n'est rien, mais se vendre !...

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    1. Tout à fait d'accord avec toi. C'est pas à ça qu'on pense quand on imagine un écrivain !

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